Nous l’évoquions dans notre article « Comme être païen sans passer pour un marginal ? », il existe de multiples formes de paganismes pratiquées aujourd’hui. L’Asatrù est l’une d’elle. Parfois désignée comme « la religion des vikings », il s’agit d’une pratique pourtant bien plus complexe que ça.

Asatrù signifie littéralement « Fidèle / Loyal envers les Dieux » (Ases renvoyant aux divinités du panthéon d’Europe du Nord).

Les adeptes de l’Asatrù sont particulièrement présents en Europe occidentale et en Amérique du Nord, où ils prennent communément le nom de Heathens (qui pourrait se traduire païens). On parle parfois par facilité de langage de heathenry pour designer cette religion.

Parce qu’il s’agit bien d’une religion à part entière, qui a même été reconnu parmi les religions officielles en Islande. Si on parle de l’Asatrù et des Heathens aujourd’hui, c’est parce que les pratiquants sont de plus en plus nombreux à travers le monde. Il s’agit d’une religion aux racines anciennes, puisqu’elle était pratiquée en Europe depuis l’âge du fer (s’inspirant d’ailleurs certainement de traditions plus anciennes encore de l’âge du Bronze). C’est une religion des peuples germaniques, des pays nordiques : qu’elle soit norvégienne, danoise, suédoise ou islandaise, le cœur de ces croyance reste similaire. Découvrons ensemble ce culte venu du Nord bien plus riche que la simple image du guerrier viking, où se mélange la mythologie scandinave, les légendes et les créatures qui ont inspiré l’œuvre de Tolkien.

Asatrù est une religion de réflexion, bateau viking avec vision sur l'horizon

Les heathens sont reconstructionnistes, polythéistes et animistes

Pourtant, aujourd’hui, il s’agit d’un mouvement assez récent qui se renforce depuis une cinquantaine d’années seulement. On parle alors d’une religion reconstructionniste. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’une religion révélée comme c’est le cas des religions du livre. On ne nous révèle pas les mystères de la foi au fil de la connaissance d’un ouvrage reposant sur un dogme construit (la Bible pour le christianisme, le Coran pour l’Islam, la Torah pour le Judaïsme…).

Ceux que l’on appelle les Heathens pratiquent une religion basée sur des traditions et une démarche personnelle. C’est-à-dire que c’est une religion qui exige un minimum d’efforts et d’investissement en terme de recherche puis d’interprétation. Ne disposant pas de « livre » regroupant tous les fondements de leur religion, les Heathens doivent donc se baser sur l’Histoire. Et ce n’est pas là une mince affaire, puisque il s’agit de faire œuvre d’historien, d’archéologue et souvent de linguiste pour trier dans la masse de traces laissés par nos ancêtres à travers les âges.

Les pratiquants doivent donc littéralement « reconstruire » ces croyances et pratiques progressivement disparus avec la christianisation massive de l’Europe et du monde au Moyen-Âge. Ils travaillent à partir des sources, des traces archéologiques, ou des travaux universitaires effectués sur ces périodes anciennes. Cette démarque exigeante demande parfois de se plonger dans la langue islandaise ou le vieux norrois, dans l’interprétation des inscriptions runiques découvertes ou des des chroniques anglo-saxonnes que l’on sait biaisées car le fait d’un auteur chrétien.

Pour résumer, il s’agit donc d’une foi reconstructionniste (reconstruire les traditions ancestrales), polythéiste (plusieurs divinités) animiste (croyance en l’énergie qui anime toute chose).

L’Asatrù repose sur les divinités nordiques (Les Ases et les Vanes). Je vous présente ces dieux et déesses fascinants dans un article disponible ici.

asatrù les heathens se reunissent souvent pour celebrer des rituels autour d'un feu, honorer les ancêtres ou discuter

L’Asatrù, une pratique du débat et de l’apprentissage

Patricia M. Lafayllve développe dans son excellent ouvrage de recherche « guide pratique de l’Asatrù » les principes établis par Ben Waggoner.

• « Vous n’avez pas d’ordres à me donner »

• « Vous vous trompez complètement »

Ces deux principes, outre le fait qu’ils puissent prêter à sourire, sont à mon sens l’une des plus grandes forces des païens de l’Asatrù. Ces derniers sont en effet souvent des gens à la forte personnalité qui s’investissent réellement dans leur pratique. Aussi, cela mène inévitablement à des débats passionnés. C’est toutefois à mon sens dans la recherche, l’échange, et la confrontation de ses idées et opinions que l’on apprend le plus. Ces échanges sont donc très riches d’enseignements pour chacun et permette à l’Asatrù d’être en perpétuelle évolution.

Le culte des ancêtres et le lien au temps et à la nature sont également centraux chez les heathens. Je reviendrais plus en détails sur ces points prochainement dans un nouvel article pour vous détailler ces croyances et pratiques particulières.

Au delà de ces grands principes, l’apprentissage des rites, coutumes et de l’idéologie Asatru passe par la phase passionnante de lecture des sagas islandaises et légendes scandinaves. Et quel plaisir de découvrir l’origine d’Yggdrasil l’arbre de vie et les neufs mondes (Asgard pour les Dieux nordiques et Midgard pour les hommes), de comprendre le déroulement du Ragnarök, le crépuscule des Dieux avec ses guerriers, ses valkyries, ses monstres et créatures, les nains ou encore les elfes… Ces histoires extraordinaires ont emprunt de symbolisme notre culture populaire (le guerrier viking armé d’une hache et d’un bouclier buvant dans une corne, les corbeaux d’Odin, le Tonnerre du marteau de Thor, le drakkar effrayant…). Entre légendes, ésotérisme et travaux d’historien, nous touchons du doigt un domaine culturel particulièrement riche.

L’Asatrù, le neo paganisme du Nord de l’Europe

Cet article se voulait volontairement synthétique, afin de présenter ce qu’est l’Asatrù et qui sont les heathens aujourd’hui. Il est de ce fait incomplet et d’une certaine façon réducteur. Certains d’entre vous lèveront surement les yeux au ciel en me lisant, se disant “elle se trompe complètement”. J’en serais ravie, c’est ainsi que cela fonctionne !

Si on trouve des communautés païennes autour de ces traditions scandinaves assez fort aux Etats-Unis, de nombreux foyers de pratiquants se forment plutôt en Europe occidentale aujourd’hui. Ce développement de cette forme paganisme peut sembler d’autant plus logique que l’Asatrù puise ses racines dans la culture scandinave. Même s’il est avérés que des expéditions vikings ont eu lieu jusqu’au Groenland (avec le fameux Vinland), l’Europe du Nord n’en reste pas moins le berceaux de ces civilisations.

N’hésitez pas à réagir dans les commentaires. Que ce soit pour partager votre découverte de l’Asatrù ou pour compléter ce propos si vous estimez que votre vision est différente de la mienne. Comme vous l’aurez compris, je suis fondamentalement ouverte au débats 😉

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4 commentaire

  1. Delphine a dit :

    Merci pour cet article qui me fait découvrir une religion que je ne connaissais absolument pas. Et je ne savais pas non plus qu’elle prenait de plus en plus d’ampleur dans le monde!

    1. C’est un des grands atouts de notre époque, la société numérique et mondialisée permettant d’avoir accès à ses connaissances et d’échanger plus librement sur ces cultures plutôt méconnues mais qui ne demande qu’à être partagées 🙂

  2. Fascinant! j’ai hâte de lire la suite! Je n’ai aucune notion de cette religion à part comme tout ceux qui regardent des séries sur les vikings (c’est pour dire mon niveau de culture à ce sujet) mais est-ce vraiment réaliste?… j’imagine que les offrandes sanglantes aux dieux sont un peu mal vues de nos jours…😄

    1. Cette série Vikings très populaire reprends quelques codes et usages de l’Asatrù mais effectivement on est plus dans l’ordre du fantasme que de la réalité d’une pratique. Effectivement, les offrandes sanglantes sont symboliques, dans la réalité par offrande et sacrifice, on utilise généralement plutôt des contenus alimentaires (offrande d’Hydromel à la terre, servir une part supplémentaire d’un repas en l’honneur d’un dieu ou des ancêtres… ect).

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